Drames

Dernière Nuit à Twisted River de John Irving, authenticité et destins tragiques

 

Avec Dernière Nuit à Twisted River (Last Night in Twisted River), John Irving nous emmène dans la longue histoire familiale de Dominic et Danny, un père et un fils en cavale à travers l’Amérique. Le roman met au premier plan l’empreinte de l’héritage et l’importance de la transmission dans la littérature américaine, tout en abordant des thèmes ancrés dans la réalité des époques historiques dans lesquelles il se situe.

Dernière Nuit à Twisted River

Titre : Dernière Nuit à Twisted River

Titre VO : Last Night in Twisted River

Auteur : John Irving

Edition en anglais : Black Swan (2010)

Edition VF : Seuil

Genre : Drame familial

Origine : Etats-Unis

Pages : 576 (VF), 658 (VO)

Résumé

Au nord du Nord, au pays des bûcherons et des flotteurs de bois -les draveurs -, il était une fois un petit cuisinier boiteux et son fils de douze ans, gamin impressionnable à l’imagination peuplée d’ours indiscrets. Ils avaient pour garde du corps Ketchum, l’ogre anarchiste, ivrogne, rusé, noiseur, faux illettré à l’intelligence incisive.

A l’image de la Twisted River torrentielle, ce récit d’une vengeance impitoyable bourlingue son lecteur d’ethnies en états sur trois générations, rencontre explosive entre l’Orient et l’Occident, comédie de mœurs culinaires, tragédie des portes mal fermées entre la splendeur d’une nature meurtrière et la quiétude imprudente du foyer.

Un chien héroïque, une Mustang bleue fantôme, une ange atterrie dans la fange : le chef Irving nous réserve toutes les surprises de son art consommé dans un roman qui se dévore et se déguste jusqu’à la dernière page. Bombe glacée pour tout le monde au dessert !

(4ème de couverture)

 

Avis

Dernière Nuit à Twisted River, c’est une histoire familiale qui s’étend sur plusieurs générations d’hommes pendant 50 ans.

1954. Nord du New Hampshire.

Dominic Baciagalupo, cuisiner, et son fils, Danny partent en cavale loin de leur petite ville de toujours Twisted River. Ils fuient le shérif adjoint du comté de Coos, Cow-Boy, un véritable misogyne, violent et colérique qui veut se venger de l’erreur malheureuse du jeune Danny. Un soir, croyant voir un ours attaquer son père, Danny tue une Indienne obèse à coups de poêle à frire, alors que celle-ci chevauchait Dominic. Dominic et son fils Danny sont alors contraints de déménager de ville en ville changeant continuellement d’identité. Ils ont la chance d’avoir la protection d’un certain Ketchum, un robuste chasseur invétéré. Mais ce dernier pourra-t-il toujours empêcher Cow-Boy d’assouvir sa soif de vengeance ? Auront-ils un jour enfin la paix ?

Un drame familial avant tout

Dans cette fresque familiale, on suit l’histoire d’un père et d’un fils, leur fuite et leur vie en cavale sur près de 50 années durant lesquelles on découvre leur parcours, leur vie et leur évolution. On rencontre aussi de nouveaux personnages, leurs enfants ou petits-enfants.

Dans Dernière Nuit à Twisted River, John Irving couvre trois générations de l’histoire américaine et propose une réflexion sur la relation père-fils ici poussée à son extrême. Le meurtre involontaire du jeune Danny met en danger sa relation avec son père, qui doit dès lors protéger son fils, cacher la vérité mais aussi lui pardonner naturellement son acte.

Une cavale au coeur de l’Amérique du Nord

Au fil des pages, nous traversons plusieurs endroits tous aussi typiques les uns que les autres. Une plongée dans le nord des Etats-Unis et de l’Amérique : départ de Twisted River, passage à Boston, un arrêt dans l’Iowa puis le Canada…

Des voyages contre le gré des personnages. Poussés par un instinct de survie, Dominic et Danny doivent regorger de courage et se débrouiller pour fuir leur passé et surtout s’en protéger.

On ne peut s’empêcher d’avoir peur pour les personnages. On se demande sans cesse s’ils sont suivis, si on a retrouvé leurs traces ou non. L’auteur aime jouer avec nos nerfs en disséminant des indices ici et là pour nous piéger ou nous guider.

Un ancrage dans la réalité

La frontière entre fiction et réalité est parfois floue. Le récit est authentique, vrai, simple sans sophistication inutile. Le récit se complique parfois sans nous laisser dans l’inconnu pour autant, au fur et à mesure que Danny avance dans la vie. Un changement de style peut-être symbolique du devenir du personnage comme écrivain.

Avec ce roman qu’on qualifierait presque de livre de terroir, nous plongeons au coeur des Etats-Unis, dans l’histoire des log drivers et la guerre du Vietnam, jusqu’à l’élection de Bush Junior. Le statut de la femme est aussi mis en avant par John Irving : des femmes victimes de violences, des femmes vigoureuse et battantes qui manifestent contre la guerre du Vietnam, des femmes qui s’oublient pour vivre… Le petit point déplorable serait que leur situation et leur condition sont abordées du point de vue des hommes et de leur relation à ces derniers. Mais leur relation à la gente masculine est toujours un sujet largement abordé dans la littérature américaine classique.

Une réflexion sur l’écriture

Le roman prend parfois des airs de métafiction : Danny devient écrivain, écrit sur sa vie, son passé et dans le même temps, l’auteur lui-même revient sur ses précédents chapitres. L’histoire est réécrite, les souvenirs altérés, la vérité quelque peu détournée ou retrouvée. La narration suit parfois les émois des personnages, si bien que le lecteur peut se sentir confus. Mais cette dimension a justement un impact fort sur l’immersion et l’identification du lecteur à l’histoire et aux personnages. On devient les témoins d’une certaine absurdité et de scènes incongrues.

Les personnages créés et mis en scène par John Irving dans Dernière Nuit à Twisted River font par ailleurs penser aux personnages grotesques et stéréotypés des classiques américains de Mark Twain (on pense à Huckleberry Finn et Pudd’nhead Wilson) ou encore Sherwood Anderson (Winesburg Ohio).

Souvent pendant ma lecture, j’ai eu l’irrésistible envie de me replonger dans des westerns classiques du cinéma américain. Le roman suit également la structure d’un road movie et d’une quête initiatique dans laquelle les personnages, notamment Danny, cherchent leur identité et tentent de se reconstruire. L’intrigue questionne de manière juste notre propre capacité à nous réinventer alors que l’on grandit.

Malgré un début peu convaincant, voire un peu ennuyeux et lent, on finit par dévorer ce pavé de plus de 500 pages. Les thèmes abordés sont ancrés dans la réalité : la relation père-fils, la transmission, la chasse, la nature et en arrière-plan le contexte social et politique des époques traversées par le roman.

A la fois roman initiatique et thriller, Dernière Nuit à Twisted River reflète tout le talent de John Irving pour raconter de longues histoires.

John Irving a décidément un don pour nous emmener dans des histoires, plus que des intrigues, empreintes d’un réalisme époustouflant et d’un style narratif parfois très instinctif.

♠♠♠♠♠

Ce que j’ai aimé dans Dernière nuit à Twisted River :

  • La voix des personnages
  • L’environnement changeant
  • Les tranches de vie
  • L’évolution des personnages

 

D’autres romans de John Irving aux éditions Seuil.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s