Littérature asiatique·Policier/Thriller

La maison où je suis mort autrefois : l’univers noir et décalé de Keigo Higashino

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On retrouve avec La Maison où je suis mort autrefois, le goût de Keigo Higashino pour le lugubre, le macabre et les histoires qui donnent l’impression que le temps s’est arrêté. Comme à son habitude, l’auteur réussit brillamment à mener le lecteur vers une résolution peu commune et nous embarque dans une quête identitaire inconsciente et une enquête familiale étrange qu’on ne peut décrocher au fil des pages.

A la mort de son père, Sayaka Kurahashi reçoit une enveloppe de celui-ci : une lettre lui est destinée, ainsi qu’une clé à tête de lion et un plan basique la conduisant à une vieille maison dans les montagnes isolées. Elle décide de s’y rendre : peut-être cela lui réveillera-t-il la mémoire, car Sayaka n’a aucun souvenir de ses cinq premières années. Elle est convaincue que cette amnésie sélective a été le moteur ruinant sa vie. Mariée à un riche homme d’affaires absent la plupart du temps, elle bat sa fille et a tenté de mettre fin à ses jours plusieurs fois. Elle fait appel à son ancien petit-ami rencontré à la fac pour découvrir le pourquoi du comment.

Malgré un résumé qui nous présente Sayaka comme personnage principal, le roman est narré du point de vue de son ex petit-ami qui raconte comment Sayaka est revenue vers lui un jour et comment ils ont fait ensemble ce voyage aux confins de la mémoire et des secrets de famille.

Comme à son habitude, Higashino met l’accent sur un détail en particulier et nous transforme dès lors en de véritables herméneutes. A notre tour, en tant que lecteurs, nous enquêtons dans les rouages du passé de Sayaka et comme cette dernière, nous nous perdons plus les souvenirs fusent. La clé de l’énigme se trouve ici enfouie dans les vestiges du passé, un passé archaïque qui sonne faux. Tout dans le cadre de cette intrigue nous semble soit faux soit complètement en décalage avec la réalité. Le roman s’ancre dans le genre policier japonais en ce qu’il ne multiplie pas les scènes d’action et s’arrête plutôt sur la psychologie des personnages. Dès les trois premiers chapitres, on comprend assez vite qu’il s’agira d’un huis-clos aux confins de l’irréel. L’effroi peut parfois nous gagner sans pour autant l’emporter sur la curiosité. Le narrateur, ami de Sayaka, dont nous ne savons pas le nom, se prend au jeu et dans la maison où une lettre les a menés, il finit par déchiffrer, lui aussi, les morceaux de puzzle dispersés ici et là dans la maison abandonnée. Les deux compagnons de route découvrent le journal d’un petit garçon qui, peut-être, aidera Sayaka à se souvenir du traumatisme qu’elle a connu toute petite et qui a changé sa vie et sa personnalité à jamais. Ainsi, le roman se construit sur le retour et remonte à l’origine pour tenter d’atteindre le but ultime : la résolution de l’enquête et le résumé détaillé comblant le vide qui subsistait jusqu’alors.

L’écriture fluide, simple et en même temps précise de Keigo Higashino est euphorisante si bien qu’on ne peut poser le roman avant d’en avoir terminé un chapitre. On bascule entre deux êtres humains cherchant des réponses à des bribes perdues du passé, et la voix d’un petit garçon de ce même passé qui devient presque un personnage en soi, un fantôme hantant l’esprit de Sayaka depuis toujours. Les fins des romans de Higashino ont toujours été énigmatiques ou surprenantes. Dans La Maison où je suis mort autrefois, il joue sur les suppositions, les hypothèses, les inversions et la dualité, trouvant pourtant un équilibre entre passé et présent, réalité et onirisme.

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