Adaptations

The Giver, le film

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The Giver

J’ai déjà parlé du roman de Lois Lowry dans un précédent article. Maintenant, j’aimerais discuter de l’adaptation au cinéma du livre, qui a été diffusée au cinéma en octobre 2014. Se rangeant dans la lignée des dystopies jeunesse rendues hyper populaires par les médias et leurs adaptations cinématographiques, The Giver ne fait donc plus exception et subit quelques modulations qui le font rentrer dans le cadre des dystopies pour ados.

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Le Passeur incarné par Jeff Bridges

Résumé du film

 

L’intrigue du film reprend celle du roman : on y suit un jeune garçon, Jonas, qui doit affronter la Cérémonie des attributions,  lors de laquelle il découvrira sa fonction dans la Communauté. Dans le monde de Jonas, les sentiments, les émotions et les couleurs ont disparu pour laisser place au Principe de l’Identique visant la perfection et l’harmonie totales de la société.

J’avais très peur de l’adaptation du chef-d’oeuvre de Lois Lowry, anobli de la John Newbery Medal entre autre. La nouvelle popularité de The Giver tient sans doute de celle de la nouvelle génération de dystopies jeunesse telles que The Hunger Games ou Divergente et leurs adaptations au cinéma. Celles-ci entrent d’ailleurs dans le cadre de la réception, prenant ainsi en compte les éléments clés qui font la recette du succès de ces romans auprès des jeunes ados et jeunes adultes.

L’adaptation de The Giver participe dès lors à cette recette.

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L’âge du personnage : dans le roman Jonas et ses amis sont âgés de 12 ans. Dans le film, tous ont 16 ans, à l’instar de Katniss Everdeen dans The Hunger Games, de Tris dans Divergente, ou encore de Kyla dans Slated/Effacée. Une manière d’interpeller un public spécifique, un public différent du lectorat du roman. L’adolescence semble être donc la politique majeure au cinéma. L’âge de 12 ans permettrait donc moins de possibilités pour le cinéma que l’âge critique de l’adolescence, 16 ans…

THE GIVERLa romance : parce qu’à 12 ans la romance n’est pas aussi tendue, pas aussi intense, pas aussi… érotique aurait-on envie de dire ? Parce que 12 ans reste l’âge des petits bisous sur la joue et des sentiments cachés, les producteurs du films ont fait en sorte que la romance soit possible dans le film, alors qu’elle est totalement absente du livre, à peine est-elle suggérée par l’amitié de Jonas et Fiona. Jouant avec la rivalité masculine entre Jonas et Asher, l’attirance de Jonas pour la jeune fille et les obstacles que les jeunes héros doivent surmonter pour vivre leur amour, le réalisateur ne déroge ainsi pas à la règle désormais incontournable des dystopies jeunesse…

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L’univers fictif : bon, on est bien d’accord le roman se déroule dans un temps ou un espace éloigné de notre monde actuel. Néanmoins, peu importe la période à laquelle vous lirez ce roman, vous serez toujours tenté de croire qu’il se déroule dans le futur. Cela vient surtout de l’absence d’indication spatio-temporelle. En tout cas, le roman n’empruntent guère d’éléments du canon SF hormis la modification génétique, la déréalisation et le simulacre. Pourtant le film nous offre la vision d’un monde totalement futuriste où se baladent dans le ciel drones et robots en tout genre, où les maisons sont immaculées et constituées de portes automatiques transparentes. Bref, toute la panoplie du monde futuriste comme on le conçoit dans l’imaginaire populaire contemporain.

Or, aucun de ces éléments n’apparaît dans le livre, ce qui peut être assez déroutant pour ceux qui ont lu le livre avant de regarder le film. Par contre, le monde diégétique de The Giver est bel et bien aseptisé dans le roman et quelque peu pastoral également.

Avis

Malgré ces gros changements, le film conserve l’intégrité des événements du roman (relativement court, le film dure également 1h30 seulement). Loin d’en avoir fait un produit commercial, malgré les éléments constitutifs d’un film pour la jeunesse, le réalisateur, Phillip Noyce a visé juste dans le choix de ses acteurs. Jeff Bridges est formidable dans le rôle du Passeur. Nous n’aurions pas imaginé une autre actrice que Meryl Streep pour incarner la Grande Sage de la Communauté. Brenton Thwaites, encore peu connu, confirme son incroyable lancée au cinéma avec ce film dont il est le héros. En revanche, Katie Holmes dans le rôle de la mère de Jonas ne m’a pas réellement convaincue. Difficile de comparer avec les personnages du livre en raison du changement d’âge des jeunes héros.

L’univers visuel est bien transposé à l’écran. J’imaginais la Communauté exactement comme ça. Je ne tiens pas compte des éléments superflus du futurisme inexistant dans le livre.

Le passage du gris à la couleur est également respecté et la quête aventureuse de Jonas m’a autant emballée que dans le roman, si ce n’est plus à vrai dire ! MAIS, je n’ai apprécié l’action que vers la fin, durant la dernière demi-heure du film. Malheureusement, cela vient peut-être de l’oeuvre d’origine : le début du roman se focalise sur la préparation à la Cérémonie et d’ailleurs l’oeuvre de Lowry n’est pas tout à fait connue pour ses nombreuses péripéties. La quête de Jonas, dans le film et le roman, est surtout intérieure et donc morale reflétant sa prise de conscience. L’aventure ne commence que lorsqu’il prend la décision de sauver le nourrisson Gabriel et de s’échapper de la Communauté.

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On y retrouve également la vision aseptisée et automatisée de la famille, les métaphores et les euphémismes et la dimension symbolique de la pomme, péché originel. Ici, la mort n’est pas supprimée, seulement atténuée. Le Principe de l’Identique soumet l’individuel au collectif, la population est conditionnée par la modification du langage et de la mémoire collective à travers le contrôle scientifique de la connaissance.

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Le film reste linéaire, plat alors qu’il aurait pu être plus dynamique même sans grandes péripéties. De plus, la partie plus pastorale et fantastique du roman, et qui est définitoire des oeuvres de Lowry, disparaît ici. Dommage, il manquait de magie dans ce film. La SF était bien trop présente.

o-the-giver-facebookLe réalisateur a tout de même eu la bonne idée d’agrémenter son adaptation d’éléments supplémentaires à la fin, étendant l’intrigue du film : tandis que dans le roman, l’auteur ne nous offre pas une fin qui clôture pleinement l’histoire, le film nous propose une autre version des éléments seulement imaginés et suggérés dans le roman.

Certains ont critiqué le film pour sa lourdeur, son manque de rythme et l’antipathie des personnages : évidemment, les personnages ne peuvent pas être autrement en raison du Principe d’Identique. Si les acteurs les avaient incarné de manière trop empathique je doute que le film aurait conservé sa crédibilité par rapport à l’intrigue originale du livre.

En somme, The Giver reste un bon film, mais l’adaptation à un public adolescent plus âgé que celui du roman le dessert : la simplicité et la linéarité du film résultant principalement de celles du roman, censé être lu principalement par des jeunes adolescents pas plus âgés que 12/14 ans, l’amenuise. Le rythme aurait pu être un peu plus dynamique. Le film reste quand même réussi, si l’on connaît le genre de la Dystopie et il fait évoluer les personnages dans une quête aventureuse, une quête de savoir et d’identité, bien transposée sur l’écran. Le film permet non seulement d’accentuer le processus herméneutique, mais va également plus loin que le roman dans la mesure où le réveil de conscience est plus poussé et il nous propose une véritable clôture narrative.

Plus : Les affiches du film mettent clairement en évidence le public visé. Pour cela, elles mettent  l’emphase sur la romance en la plaçant comme l’élément principal de l’histoire.sled

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