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Résurgence de la figure mythique du vampire dans la fiction moderne

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Il apparaît au XIXème siècle dans une époque semée de troubles provenant des découvertes de vestiges archéologiques et de la Théorie de l’Evolution. Il incarne la contamination, l’animalité, la criminalité, l’immortalité. Il est désormais devenue une figure mythique incontournable de la fiction, littéraire, télévisuelle et cinématographique. Il est également profondément ancré dans notre imaginaire collectif… J’ai nommé : le Vampire !

17245 C’est Bram Stoker qui lui donne vie pour la première fois et qui pose les fondations de cette figure célèbre et  nouvelle en 1897. La fin du XIXème siècle et ses découvertes multiples et étonnantes voire effrayantes pour la  société victorienne ne font qu’accroître la peur d’une fin du monde, d’une fin de l’humanité et d’un possible retour  de l’homme à son état d’animal. Si l’évolution est possible pour Darwin, les gens se demandent alors si la  régression n’est pas également possible.

Dracula est encore plus médiatisé par son adaptation cinématographique de 1992 et reste le vampire le plus célèbre de l’histoire littéraire. Son histoire est reprise de nombreuses fois dans la fiction contemporaine : les séries notamment, telles que Dracula Untold ou Dracula. Le vampire est aussi la figure la plus célèbre des oeuvres d’Anne Rice (Interview with a Vampire).twilight-books

Dans les années 2000, le vampire semble reprendre son statut de figure mythique puisqu’il resurgit en force dans la littérature contemporaine : la saga Twilight en est l’exemple le plus évident. Stephenie Meyer donne une nouvelle image du vampire et de sa résurgence à travers le regard d’une jeune adolescente en plein émoi qui tombe amoureuse d’un… vampire. La dimension purement gothique du roman fondateur de la fiction de vampire disparaît un peu au profit d’une légèreté et d’une modernité propre à notre époque et surtout à la Teen Literature, la fiction pour ados.twilight_film_62

Non loin de qualifier la saga Twlight de basse littérature, les médias à l’époque de sa publication et de son adaptation en films parlent d’un nouveau phénomène, d’une nouvelle ère dans la littérature jeunesse. Et comme tout phénomène dans cette catégorie éditoriale, il s’efface très vite pour en laisser d’autres prendre sa place. En tout cas, cette trilogie aura sans aucun doute donné une nouvelle dimension au vampire pour le rendre plus populaire que son cousin du XIXème siècle qui lui était plus effroyable et mystique qu’autre chose.3c9ed85251d74436c4c32e66352505f7_large.jpeg

The Vampire Diaries, une série basée sur la saga Le Journal d’un Vampire de L.J Smith, donne également une toute autre dimension au vampire. Des lycéens à l’apparence presque adulte, des adultes, des vampires mais aussi des sorcières ou même des loups-garou, la série nous offre toute la panoplie des figures mythiques par excellence ! Peut-être un peu trop selon certains, mais la série parvient à ajuster la balance en faisant en sorte que ces mondes différents travaillent ensemble et cohabitent dans une harmonie parfaite ! Avec quelques turbulences.

Entre traditions et modernité

Le vampire c’est à la fois la tradition, le passé, et la modernité, présent et futur. Son statut d’immortel le sort du cadre temporel et en fait la figure typique de la transgression faustienne. The Vampire Diaries fait remonter cette tension temporelle de manière évidente à la surface. Pour tuer un vampire, le crucifix est toujours utile. L’ail… On ne sait pas tellement. La légende classique selon laquelle le vampire ne supporte pas la lueur du soleil réapparaît ici et pour contrer cela, les vampires héros de cette série, Stephan et Damon Salvatore contrent cette vieille légende en portant des chevalières spéciales. Les vampires ne supportent pas non plus la Veine de Vénus et cette plante devient donc une véritable arme contre eux, un peu archaïque comparé aux moyens technologiques de l’époque moderne, n’est-ce pas ?

En même temps, la série parvient facilement à transposer la figure du XIXème siècle dans un contexte contemporain, suivant ainsi le même schéma que les séries Sherlock et Elementary qui reprennent la figure du détective de Sherlock Holmes à l’époque des réseaux sociaux et du virtuel. Reflet d’une crise épistémologique, il n’y a rien d’étonnant que la série The Vampire Diaries soit aussi populaire. Le vampire fascine toujours autant.

L’atmosphère gothique associée au vampire habite totalement la série : les Salvatore, d’origine italienne, vivent dans un manoir à la décoration très ancienne, à la limite du Baroque, et très sombre allant du marron chaud au rouge sang ; Elena, personnage principal de la série, rencontre Stephan dans un cimetière en tentant de chasser un corbeau de la tombe de ses parents. La série est aussi construite sur la mémoire du passé, le deuil, la perte d’un être cher et la quête identitaire, si chère au roman gothique.

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Katherine et Elena (jouée(s) par Nina Dobrev), en pleine confrontation

Le Dopplegänger vient aussi renforcer cette ambiance purement gothique : Elena est le double physique et apparemment la descendante de Katherine, une Petrova, l’ancienne élue du coeur de Stephan à l’époque de la Sécession (Stephan a donc au moins 300 ans !). Et s’il y en avait une troisième ?

Le double apparaît aussi dans la relation entre Stephan et Damon, entre haine, rivalité amoureuse et amour fraternel, l’un représente d’abord le bien et l’autre le mal, puis les rôles finissent par s’inverser peu à peu ou du moins à devenir plus flous.

Surprise des deux dernières saisons : la dualité et l’identité devient un thème encore plus fort à travers l’arrivée du « démon » Silas qui peut en fait prendre l’apparence de n’importe quel individu, ou plutôt s’emparer de son corps pour y faire pénétrer son esprit qui vagabonde de corps hôtes en corps hôtes.

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Les frères Salvatore, incarnés par Paul Wesley et Ian Somerhalder

La tension entre le passé et le présent est aussi incroyablement bien transposée : on apprend l’histoire des Salvatore et de leur transformation en vampires à travers des flashbacks nous permettant de lier les événements présents à leur histoire et d’anticiper certains passages comme l’arrivée de Katherine. On traverse donc plusieurs périodes allant de la Guerre de Sécession aux années folles puis aux années 80.

vd203b_0261r.jpgLe gothique est accentué par les couleurs et les lumières sombres de la série. Beaucoup de scènes se passent dans les bois ou dans les recoins de la ville, à la nuit tombée.

L’origine et la fin

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The Originals, Spin-Off de la série

L’immortalité du vampire fait inévitablement poser la question de sa mort. La série offre une tension visible entre l’origine et la fin, les personnages étant sans cesse en danger de mort ou menacés, se livrant à des batailles mentales et physiques. Le vampire qui se trouve du mauvais côté devient le bouc-émissaire à expulser et à éradiquer, à l’instar de Klaus, le créateur des autres vampires, celui qu’on appelle l’Originel. Sa famille devient la menace la plus importante des Salvatore et d’Elena. Leur retour incessant et leurs déplacements de villes en villes renforcent la dissémination du vampire et marque une contradiction à la théorie de l’évolution : en n’atteignant pas la fin et en arrêtant de vieillir à la vingtaine, le vampire fait émerger la question du même et du retour du même. Bien sûr la structure de la série renforce ce retour, agrémenté par les nombreuses aventures, péripéties et menaces qui pèsent sur les personnages qui sont en mobilité constante.

Une nouvelle image du vampirevampire-diaries-tyler-werewolf-01-2010-10-29

La contamination apparaît aussi à travers la transformation de nombreux personnages en vampires. Mais n’oublions pas non plus les loups-garou, qui subissent aussi cette contamination : Tyler apprend qu’il est loup-garou comme son oncle. Un lien puissant semble cependant réunir loups-garou et vampires : les vampires Originels, Klaus et sa Famille, dont son frère Elijah et sa soeur Rebecca, qui font l’objet d’un Spin-Off à eux seuls : The Originals qui se déroule à la Nouvelle-Orléans, le berceau des vampire. Autres créatures qui font leur apparition dans la série : des hybride loups-garou/vampires créés par … Klaus lui-même. Il s’octroie alors les pouvoirs du divin et de la nature en se posant comme « le créateur », selon ses propres mots. Il fait donc aussi office de figure patriarcale et parfois divine.

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Elena (Nina Dobrev) et Stephan (Paul Wesley)

Ici, le vampire est magnifié, sublimé et n’est plus le vieux comte monstrueux que l’on connaît de Dracula. Non, désormais le vampire est une beauté divine et un mannequin au sourire ravageur. Enfin sauf lorsqu’il commence à avoir très faim, ou plutôt grand soif (de sang humain) et que ses yeux changent laissant apparaître des veines et une animalité féroce.

The Vampire Diaries tient une place particulière dans la culture série télé d’aujourd’hui : 6 saisons, dont une en cours de production, des romans comme base solide, un casting qui sait incarner les personnages avec justesse, une transposition de cette figure mythique à l’époque moderne et des musiques éclectiques, souvent alternatives, qui nous transportent entièrement dans ce monde fictif. Une série qui sait se renouveler par l’arrivée de personnages inattendus, des événements surprenants et des cliffhangers insupportables !

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