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Pourquoi devriez-vous lire The Giver / Le Passeur ?

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Dans The Giver / Le Passeur, l’histoire se déroule dans un temps éloigné du présent (futur, passé ou simplement monde alternatif, on ne nous donne pas réellement d’indications), où l’Identique / Principle of Sameness, est mis en place par une vision en noir et blanc et l’exclusion d’une quelconque différence.

La vie des habitants est régie par des règles précises qu’il ne faut pas enfreindre sous peine de sanctions. Les émotions et les sentiments tels que l’amour, le chagrin, la douleur et le conflit ont été éradiqués. Cependant, ceux-ci sont enfermés dans les souvenirs d’une seule personne : le Receveur. Sa fonction : garder intactes et secrets les souvenirs de l’humanité.

Jonas, 12 ans, va bientôt assister à sa dernière cérémonie en tant qu’enfant : la Cérémonie des Douze-ans où il découvrira sa future fonction dans la Communauté. Mais la Grande Sage (the Elder Chief en anglais), lui apprend qu’il a été sélectionné pour devenir le prochain Receveur, le nouveau dépositaire de la mémoire.

1 – Une dystopie jeunesse pas comme les autres

 The Giver appartient au genre désormais devenu un phénomène populaire dans la catégorie littéraire Jeunesse/Jeunes Adultes : la dystopie. Le genre dystopique émerge de l’utopie qui fait allusion à un monde imaginaire idéal et parfait et non-existant. La dystopie, c’est tout simplement le contraire d’une utopie : une oeuvre de fiction qui offre la vision d’une société future ou lointaine régie par un système totalitaire et réducteur de toute liberté individuelle. Une dystopie présente les dérives et les impacts socio-politiques et environnementaux des comportements humains et des progrès scientifiques et techniques d’une époque, souvent contemporains à l’oeuvre.

Ces dernières années, la dystopie jeunesse a fait l’objet d’une réelle frénésie de la part d’un public très demandeur en matière de diversité littéraire, un succès renforcé par les multiples adaptations au cinéma des trilogies comme The Hunger Games ou Divergente. Les dystopies jeunesse modernes présentent toutes une structure et des contenus similaires si bien qu’elles forment à elles seules un cadre générique nouveau et une certaine cohérence en matière de forme.

Néanmoins, The Giver / Le Passeur, déroge totalement à cette unité littéraire. Si le roman de Lois Lowry est bel et bien une dystopie pour la jeunesse (pour des lecteurs de 12 à 18 ans – ce qui n’empêche pas un adulte plus âgé de le lire…), elle ne présente pas tous les éléments qui ont désormais fait la recette du succès de The  Hunger Games ou Divergente. En effet, le personnage principal a 12 ans, c’est un garçon (chose de plus en plus rare dans cette catégorie !) ; aucune romance dans The Giver, pas de trivialités liées à l’adolescence, pas d’action à proprement parler non plus, pas d’éléments typiques de la Science-Fiction ou de l’image que l’on se fait des fictions futuristes très notables, et surtout le style d’écriture est très développé : de manière objective, je dirais que The Giver est bien mieux écrit que Divergente ou The Hunger Games. L’accent est mis sur la dimension symbolique et le genre dystopique, l’intrigue et moins sur la dimension « populaire » ou « vulgarisatrice » de la littérature jeunesse. The Giver est cependant classé comme un roman de Science-Fiction en raison de sa classification en tant que roman dystopique et spéculatif. Cependant, le roman a un point commun avec les autres dystopies jeunesse contemporaines : le motif de la sélection.

2 – Un univers à part

Comme bon nombre de dystopies – et ceci ne s’applique pas qu’aux dystopies jeunesse mais aussi aux dystopies classiques -, l’univers de The Giver est un monde isolé, aseptisé et même parfois mystique. Aucune indication de lieu ou de temps n’est d’ailleurs fournie par l’auteur. Mais à la lecture des premières pages du romans, le lecteur ne retrouve pas de cadre référentiel et malgré une forme d’identification immédiate à Jonas, le lecteur peut se retrouver perdu en raison de cet écart cognitif.

Les mondes dystopiques sont généralement post-cataclysmiques. Le motif de l’enclave, de la barrière ou de la frontière dans ces oeuvres renforce également le conditionnement mental des individus. L’univers de The Giver est cependant plus pastoral et fantastique que futuriste. Ce qui nous mène à croire que la diégèse se déroule dans une époque future c’est la distanciation par rapport au monde zéro, c’est-à-dire le monde réel et l’extrapolation des savoirs scientifiques et de la réalité politique des années 1990 qui lie le roman à la spéculation.

3 – Un quartet de romans hors-du-commun

The Giver est en fait le premier roman d’un quartet composé, dans l’ordre, de : Gathering Blue, Messenger, et Son. Les quatre histoires sont totalement indépendantes les unes des autres. Vous pouvez les lire dans n’importe quel ordre sans avoir lu l’ensemble entièrement. Enfin, je suis d’avis que lire dans l’ordre peut être une meilleure idée puisque des éléments de The Giver se retrouvent dans les autres romans. Jonas par exemple, se retrouve dans un des romans, l’univers-même de The Giver est rappelé dans un autre des roman et l’on retrouve le bébé Gabriel que Jonas protège dans The Giver, dans le dernier roman du quartet mais à un âge plus avancé. Les oeuvres se font donc écho sans pourtant être les suites des autres. Toutes portent en tout cas le signe distinctif de Lois Lowry : une forte dimension symbolique et une atmosphère emprunte de mystère.

4 – Dimension symbolique

Comme déjà annoncé plus haut, The Giver présente une certaine dimension symbolique en ce que le roman peut se voir comme une métaphore ou une représentation exacerbée de la société américaine des années 1990. Lois Lowry a d’ailleurs recours à plusieurs procédés littéraires pour ce faire. Elle modifie le langage en utilisant des euphémismes :

– Release / Délivrance signifie la mort.

– Stirrings est utilisé pour faire référence aux premiers désirs qui surviennent à l’adolescence.

Certains mots sont d’ailleurs accentués par une majuscule au début qui leur donne alors un aspect presque rituel.

L’absence de couleurs et la volonté d’uniformité rappellent la politique d’annihilation des années 1990 aux USA. Quant au Birthing Center, le Centre de Naissance dans le roman, il fait allusion aux avancées médicales de l’époque. Dans The Giver, les bébés sont attribués aux couples, un homme et une femme, de l’ordre de deux par couple : un garçon et une fille. Satire des débats autour de la cellule familiale et des valeurs traditionnelles de 1992/1993.

L’autre part symbolique du roman tient dans sa dimension mythique. Les dystopies et notamment The Giver soulignent la condition de l’humain à un moment donné reflétant une peur de la disparition globale de l’humanité et spéculant sur les possibles devenirs de l’homme. L’homme est conscient de son origine et de sa fin, mais les habitants de la Communauté dans The Giver ne connaissent pas le concept de la mort – ni celui de la liberté d’ailleurs -, la fin semble dès lors inenvisageable. Or, Jonas, grâce à sa capacité à voir au-delà, se réveille et prend conscience de cette fin. Il entame une quête identitaire mais aussi une enquête, dans un processus herméneutique qui le mène plus loin. Il a accès à une connaissance dont ses pairs sont privés. En cela, il peut paraître comme un prophète (coïncidence ou non, je ne crois pas, mais il porte le nom du prophète Jonah/Jonas). Son but : révéler la vérité à sa communauté et leur donner l’accès à la connaissance, exactement comme Prométhée également. La dimension mythique se retrouve également dans la transgression faustienne que l’on note dans le roman : la création artificielle et non-naturelle (élément annoncé par Frankenstein en 1818 d’ailleurs). Ainsi, Jonas tente de remonter à l’origine. Serait-ce un Prométhée moderne ? On peut se poser la question. Par ailleurs, le motif de la pomme est aussi symptomatique de cette épiphanie / révélation : c’est en lançant une pomme à son ami Asher que Jonas découvre ses capacités avant même sa sélection. Il voit la couleur rouge de la pomme. Le passage du gris à la couleur est pour lui le passage de l’ombre à la lumière, de l’ignorance à la vérité. La pomme qui symbolise également le péché originel nous fait penser que dans le roman la connaissance est donc vue comme un péché, comme le mal.

Par ailleurs, Lois Lowry nous présente une société fictive/alternative qui fonctionne sur une vision manichéenne du bien et du mal.

5 – Héroïsme et aventure

Loin de remplir tous les critères d’un roman pour ados populaire d’aujourd’hui, The Giver possède tout de même des traits typiques du roman pour la jeunesse : l’héroïsme et l’aventure. A travers les yeux d’un enfant-héros, l’auteur nous livre un autre regard critique sur sa société, et sur la société en général. Le roman comporte également une dimension initiatique, pouvant dès lors le ranger du côté du Bildungsroman. D’un autre côté, l’aventure est omniprésente dans le mouvement de quête comme mouvement géographique et exploration personnelle qu’entame Jonas. Le jeune héros devient ici le vecteur d’un changement révolutionnaire. Il devient la clé de l’intrigue.

The Giver sort du lot et son écriture toute en simplicité et en même temps très développée, nous plonge immédiatement dans l’univers fictif du roman. La première page nous emballe et nous intrigue en même temps. Autre bonne raison de le lire : le roman est très court, ce qui renforce son efficacité !

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