Drames

L’Art « Extrêmement fort et Incroyablement près » de Jonathan Safran Foer

Titre : Extremely Loud and Incredibly Closeextremely-loud

Titre en français : Extrêmement fort et incroyablement près

Auteur : Jonathan Safran Foer

Année : 2005

Nombre de pages : 326

Editeur VO : Penguin Books

Editeur VF : Editions de l’Olivier

Résumé

Le 11 septembre 2011, Oskar Schell perd son père dans l’attentat du World Trade Center. Deux ans plus tard, âgé de 9 ans, Oskar se met en quête de savoir ce qu’ouvre la clé que son père a laissé dans un vase avant de mourir. Rongé de remords après n’avoir dit à personne qu’il avait entendu la voix de son père pour la dernière fois sur le répondeur de la maison, le jour même de l’événement, il parcourt alors tout New-York et fait de magnifiques rencontres, parfois un tantinet bizarres qui le guident vers son ultime but.

 Séparation texte paragraphes 2

Le roman est fragmenté en plusieurs chapitres tous très différents. L’auteur y alterne plusieurs points de vue et plusieurs histoires, une structure typique du roman post-moderne qui semble revenir en force après des événements traumatiques tels que les attentats, devenant alors peut-être le seul moyen de pouvoir dire l’indicible et l’atrocité de cette date. Ainsi, nous suivons la quête d’Oskar et sommes constamment mis face à son chagrin, à ses angoisses, à ses peurs, à ses envies et à ses bizarreries. On y découvre alors l’histoire de sa grand-mère, la mère de son père, et de son grand-père qu’il n’a jamais connu, dans des lettres que celle-ci écrit à Oskar mais aussi à son défunt fils, ou même à son mari parti.

Ce qui est également très surprenant au début quand on commence ce roman, c’est non seulement cette structure fragmentée et en même temps qui forme une certaine unité, mais aussi les différents mode de construction du sens et les éléments visuels inclus dans les pages de celui-ci. L’auteur nous signifie ici l’importance de toutes les formes d’art dans la construction d’un sens et dans l’interprétation de la réalité mais il nous propose aussi de participer à la quête herméneutique du jeune Oskar, en un sens nous devenons des enquêteurs de l’histoire ! Il utilise différents médias comme le texte, bien entendu, la photographie (en noir et blanc plus précisément), le dessin, mettant ainsi en avant le rôle de toute forme d’art et l’importance de ces formes.

art-from-elaicL’aspect post-moderne apparaît également dans la fonction de catharsis qu’a l’écriture dans ce roman publié en 2005, soit quatre ans après l’attentat du 11/09. Ici, le roman nous en dit bien plus sur l’impact traumatique et la fonction de l’écriture par rapport à cet impact que ce que l’on pourrait penser : il reflète dès lors l’impossibilité de pouvoir tout dire et met l’emphase sur le fait qu’un personnage n’est qu’un mot, qu’un outil à la construction d’un sens, qu’un texte n’est qu’un sens que nous devons recevoir.

L’absurdité de la vie apparaît donc comme un thème prégnant de cette fiction et nous pousse à la réflexion, notamment par des passages comme celui où un personnage [impossible de révéler son identité sans compromettre votre lecture du roman] écrit une lettre et n’a plus de place sur le papier pour l’écrire, reflétant donc l’impossibilité de tout dire et l’infinitude des mots :

« I have so much to tell you, the problem isn’t that I’m running out of time, I’m running out of room, this book is filling up, there couldn’t be enough pages, I looked around the apartment this morning for one last time and there was writing everywhere, filling the walls and mirrors, I’d rolled up the rugs so I could write on the floors, I’d written on the windows and around the bottles of wine… » (p. 132)

A un moment donné, l’auteur joue sur l’inversion également : son personnage qui n’a plus la parole, n’a que l’écriture et de manière paradoxale, il parle énormément à l’écrit. La structure du chapitre en question s’en retrouve forcément tout de suite changée : plus de ponctuation, les phrases, les mots s’enchaînent sans interruption, laissant le lecteur sans voix et sans souffle, jusqu’à ce que finalement, il n’y ait plus de place sur les pages du livre. Les mots s’entassent et on ne distingue plus que l’encre noire de ceux-ci.

jonathan-safran-foer-structureJonathan Safran Foer fait de la mémoire individuelle et collective, de l’histoire en général, son thème principal avec originalité et une magnifique prouesse. La quête d’Oskar se déroule en amont de sa lecture des lettres de sa grand-mère, de son grand-père et de son père. Les textes se répondent, ont une structure similaire. Puis un chapitre sur deux, on retrouve Oskar dans sa vie quotidienne après la mort de son père. La signification de l’humain change complètement dans un tel contexte d’atrocité et de traumatisme.

Le personnage d’Oskar nous happe complètement et sa personnalité fait écho au mode d’écriture choisi par l’auteur : tout d’un coup, le titre gagne tout son sens lorsque l’on remarque les nombreuses répétitions, voire quasi constantes, des mots « extremely » et « incredibly » dans la plupart des phrases du jeune garçon, une répétition symbolique peut-être de son état psychologique. On entre de plein fouet dans ses sentiments.abstract-from-elaic

Ce roman réussit à nous embarquer dans une quête à la fois interne à la diégèse et à la fois extérieure en ce qu’elle nous amène à une réflexion sur la mort, la mémoire, l’humanité, l’écriture et le dicible. L’auteur nous livre des indices et des clés à travers des pages qu’Oskar aurait semble-t-il consulté également. Il nous met ainsi au même niveau que le personnage, ce qui amplifie notre identification et notre immersion. C’est là-dedans que réside toute l’originalité et le merveilleux de ce roman. Un magnifique ouvrage, plus qu’un roman, extrêmement brillant et incroyablement poignant tant on a constamment envie de savoir à quoi sert cette fameuse clé qu’Oskar garde toujours sur lui…

Le roman a été porté à l’écran par Stephen Daldry en 2011, soit dix ans après le 11/09. Jonathan Safran Foer, l’auteur, a pu participer à l’écriture du scénario. Au casting : Thomas Horn, Tom Hanks et Sandra Bullock.extremely-loud-movie

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7 réflexions au sujet de « L’Art « Extrêmement fort et Incroyablement près » de Jonathan Safran Foer »

  1. J’ai vu le film il y a un moment, mais je n’ai pas encore lu le livre ! J’avais apprécie l’histoire en tout cas (bien que ce soit différent dans le roman). Je viens de trouver ton nouveau blog, je me permets donc d’y faire un petit tour ! =)

    Aimé par 1 personne

    1. J’ai vu le film il y a un moment, mais j’ai l’impression de ne plus m’en souvenir depuis que j’ai lu le livre tellement c’est différent ^^’
      PS : je sais pas pourquoi je n’ai pas réussi à aller sur ton blog. Ca m’a affiché une fenêtre qui me réclamait une autorisation pour y accéder, du coup j’ai cliqué, mais j’ai peur que ça t’ait envoyé une requête pour être admin dessus ce qui n’était pas du tout mon intention. Donc si c’est ça, ignore la requête ^^’

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      1. J’ai bien reçu ta requête, ne t’en fais pas tu n’es pas admin sur mon blog ! Je t’ai autorisé à le visiter ! Welcome! C’est bien la première fois que ça me fait ça d’ailleurs, je ne sais pas pourquoi. Bonne future visite ! J’ai ajouté ton blog sur le mien, dans « liens ». Car ton ancien blog était obsolète (je n’y avais pas été depuis un moment non plus, c’est pour ça, ^^). =)

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      2. Ok, c’est bien ça alors ! Mais j’étais déjà allée sur ton blog, c’est la première fois que ça me le fait aussi, bizarre ! D’ailleurs c’est normal que je ne vois rien à part « Mes romans » sur ton blog ? 🙂

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