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9 Choses à savoir sur Frankenstein, le roman

9780141439471          Frankenstein est un nom désormais incontournable dans l’imaginaire collectif qui tend à confondre le Dr. Victor Frankenstein et sa créature qui, elle, demeure sans nom, donc inévitablement quasi sans identité. On se souvient peut-être surtout de Frankenstein pour l’image désormais très connue du visage de Boris Karloff dans la première adaptation cinématographique du roman du même nom de Mary Shelley.

Image utilisée de plus en plus pour faire allusion à la figure mythique du savant fou, ce qui encourage l’amalgame entre créateur/créature. Seulement, Frankenstein est bel et bien le savant (fou) qui donne vie au monstre interprété par Boris Karloff en 1931 dans Frankenstein, puis dans Bride of Frankenstein (1935), et Son of Frankenstein (1939). Sujet à de multiples adaptations, l’oeuvre de 1818, comporte de nombreux éléments jugés modernes et innovants pour son époque.

1 – L’ancêtre de la Science-Fiction

      Et, oui. Mary Shelley semble bien en avance sur son temps puisque son roman est considéré comme l’ancêtre de la Science-Fiction, même si l’on retrouve traces de ce genre si populaire à notre époque dans les mythes et les légendes et des textes anciens datant de l’Antiquité. Mary Shelley s’inspire en effet des avancées scientifiques du début du 19ème siècle dont les expériences de Galvanaut qui consistent à donner vie à un être par la galvanisation. Le genre SF n’est seulement considéré comme tel qu’en 1926, mais Frankenstein possède tout de même des traits du genre comme l’extrapolation de la connaissance scientifique contemporaine dans la fiction, démontrant ainsi les excès et les dérives de telles avancées et donnant ainsi au roman une dimension spéculative et d’anticipation. La figure du savant fou remet en cause le droit du divin à la création et transgresse donc la vision religieuse de l’époque. Le roman possède donc une visée épistémologique. De plus, il remet en question la définition de « l’humain » à l’époque, puisqu’elle préfigure en plus le Post-humain et la création artificielle, qui atteindra son apex bien plus tard.

2 – Le Prométhée moderne

       Le sous-titre du roman est « A Modern Prometheus ». Le roman renvoie en effet au mythe de Prométhée considéré comme un protecteur et un rebelle qui s’oppose au pouvoir absolu des dieux et à la hiérarchie qu’ils imposent vis-à-vis des hommes. Il devient un bouc-émissaire et est représentatif de l’altérité. Le mythe revient dans de nombreux textes et est modifié à diverses reprises. Dans Frankenstein, il est incarné par le savant fou qui donne vie à un autre « humain », mais on peut aussi le voir à travers la créature, qualifiée continuellement de monstre par le narrateur Frankenstein, en ce qu’il s’approprie son environnement seul et parvient, en s’éduquant lui-même comme un noble sauvage, à se détacher de son créateur.

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Caspar Friedrich, Wanderer above the Sea Fog (1817)

3 – Un roman gothique, mais pas complètement

       Le roman ne peut entièrement se poser comme un roman gothique, et il ne peut d’ailleurs pas être retenu dans un seul cadre générique. Cependant, même si l’on y retrouve pas les traits typiques du genre gothique (châteaux hantés, fantômes, macabre), on y note des traits qui reflètent aussi l’évolution artistique et culturelle du début du 19ème (montée du Romantisme en littérature/poésie, le sublime et la représentation de la nature dans les arts). L’intrigue de Frankenstein se base sur la mort, les meurtres étant récurrents au long du roman et le motif de la vengeance y étant omniprésent également. La Nature y joue un rôle important aussi et en cela, le roman montre une facette du Sublime : les paysages, telle que la montagne du Mont-Blanc ou les glaciers, sont décrits d’une façon à la fois romantique et magnifique qui pousse à la fascination, et déclencheurs de peur car donnant une impression de grandeur. Ainsi, le roman met aussi l’homme face à sa petite et faible condition face à la Nature bien plus grande et incontrôlable.

4 – Le roman : métaphore de la vie de l’auteur

        Frankenstein est fortement inspiré de la vie de son auteur. Mary Shelley a écrit ce roman dans un contexte particulier : son père, philosophe radical et sa mère, féministe, l’ont peut-être un peu influencé, mais c’est surtout sa vie en tant que femme et son mari Percy Shelley qui l’ont influencée pour le roman. La dimension existentielle de ce dernier provient naturellement du fait que Mary Shelley a fait plusieurs fois face à la mort à travers la perte de ses enfants. La création artificielle de Frankenstein sert peut-être pour elle de catharsis en ce qu’à travers la créature, elle présente la possibilité d’une naissance sans réelle venue au monde naturelle. La mort apparaît en fait dans la vie.

5 – Deux versions du roman

      A l’origine, Mary Shelley avait écrit un premier manuscrit sous anonymat mais celui-ci était tellement ancré dans une approche féministe qu’elle a ensuite publié une seconde version beaucoup moins radicale.

6 – La femme dans Frankenstein

       La femme est représentée comme un martyre, et toujours par références indirectes. Elles n’interviennent quasiment pas dans le cours de l’intrigue, mais sont toujours vues comme des victimes, soit du monstre soit indirectement de Frankenstein puisqu’il est lui-même à l’origine de cette création. Le roman conserve donc son modèle patriarcal sans donne de réelle indépendance à la femme. La femme y est d’autant plus absente que la venue au monde d’un être est rendue possible par la science.

7 – Une genèse de l’origine de l’homme

      En tant que mythe moderne, Frankenstein traite de l’origine de l’homme et présente la possibilité d’une évolution vers autre chose. Pourtant, la Théorie de l’Evolution de Darwin n’était pas encore apparue à cette époque, mais on y voit un élément plus ou moins précurseur.

8 – Frankenstein : un roman post-colonial

       L’intrigue se déroule en Europe (eurocentrisme) et désigne directement la créature comme l’autre, l’altérité. L’identité est une entité fluctuante, voire inexistante puisque la créature n’a pas de nom : doit-on l’appeler il, elle ou « ça » / it ? Dans le roman, le narrateur fait référence à la créature (qui se retourne contre lui car Frankenstein la rejette, et est lui-même répugné par sa propre création), en l’appelant « it » mais aussi parfois « he ». La créature représente en réalité la primitivité, l’homme sauvage qui doit être civilisé (selon les critiques) et devient dès lors à l’époque une représentation possible de l’être colonisé.

9 – De nombreuses adaptations au cinéma et à la télévision

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Boris Karloff dans Frankenstein (1931)

        Mary Shelley n’aurait su douter du succès de son oeuvre aujourd’hui, puisqu’en 1818 le roman ne remporte pas un succès immédiat. Néanmoins, sa dimension mythique facilite sa résurgence au cours des siècles et ses multiples adaptations. Parmi elle, on peut nommer celle de 1931, la toute première, qui change d’ailleurs par rapport au roman puisqu’elle nous montre le processus d’élaboration de la créature contrairement au livre. Mais, Metropolis de Fritz Lang (1927) peut aussi être vu comme une adaptation du roman.

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Robert De Niro, Keneth Branagh, Helena Bonham Carter dans Mary Shelley’s Frankenstein (1994)

L’une des versions cinématographiques la plus connue reste toujours Mary Shelley’s Frankenstein de Kenneth Branagh, dans lequel lui-même joue le rôle du savant fou, et où la créature est jouée par un Robert De Niro méconnaissable. On retrouve également à l’affiche Helena Bonham Carter dans le rôle de la fiancée de Frankenstein, Elizabeth. Cette version du roman étend la visée du film puisqu’elle accentue encore plus la dualité entre créateur et créature. Le film va ainsi bien plus loin que le roman dans la visée épistémologique et l’effet-miroir. Le dialogue entre créateur/créature y est bien plus imposant.

Blade Runner de Ridley Scott (1982) comporte aussi des traits de Frankenstein : il associe Gothique et Science-Fiction, remet en question la création humaine, la représentation de l’humain et exacerbe le contexte scientifique des années 80 (avancées biotechnologiques, fécondation in vitro etc). La différence ? L’histoire se déroule dans un monde futur aseptisé et où robots, hybrides et humains se confrontent sans merci dans une tension visible.

On retrouve également Frankenstein dans Frankenweenie de Tim Burton dans lequel un jeune garçon ressuscite son chien adoré, mais aussi dans Van Helsing, I Frankenstein de Stuart Beattie (2014). Une nouvelle adaptation est prévue pour cette année avec Daniel Radcliffe dans le rôle d’Igor Frankenstein, James McAvoy dans celui du Dr Frankenstein (pas de nom connu encore pour la créature).

Dernier mot : Encore une fois, Frankenstein n’est pas le nom de la créature monstrueuse ! C’est le nom du docteur Victor Frankenstein, son créateur. La créature n’a en fait pas de nom et reste d’ailleurs innommable dans le roman. Cette confusion vient évidemment de l’association du nom « Frankenstein » au visage désormais connu de Boris Karloff sur la toute première affiche du premier film adapté du roman.

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